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 Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]

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Eliott Dinescu
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MessageSujet: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Sam 11 Fév - 19:21






Feat.

Skye Winsens
&

Eliott Dinescu



Awakening Down the Rabbit Hole





Eliott avait envisagé de nombreuses alternatives à la mort. Un empire doré sur un nuage, prison aux barreaux passants inaperçus. Un monde souterrain de feu et de torture, mené par les pires vices existants. Un nouveau souffle dans la peau de quelqu’un, quelque chose d’autre, une deuxième chance. Un néant complet, vide, sans conscience éveillée. Il avait essayé de tout imaginer. Parfois dans les moindres détails. Mais ce qui ne lui avait jamais effleuré l’esprit, c’était bien ça.


Un réveil dans une mer carminée, un champ de fleurs délicates dégageant une odeur enivrante. A chaque inspiration, il sentait son corps s’alléger, libéré des poids lui pesants sur les épaules et le cœur. Sa tête tournait, ses pensées s’embrumaient. Son esprit glissait lentement dans une torpeur molle, une léthargie aux douces fragrances. Il ressentait des frissons, comme un appel lointain. Murmure ensorcelé. Comme si on lui proposait de rester, allongé ici. Et cette alternative lui plaisait de plus en plus.

Loin, tout en haut, une peinture aux mille nuances, qu’il ne pouvait quitter des yeux. Pas un mouton blanc. Un ciel aux teintes sombres et vives à la fois. Irréel. Superbe. Il aurait voulu pouvoir voler, comme un oiseau, et frôler du bout des doigts ce chef d’œuvre. Le caresser. Le ressentir. Il s’abîmait si fort dans sa contemplation qu’il avait, pendant quelques instants fugaces, l’impression ne faire plus qu’un avec lui. Il aurait voulu y plonger tout entier, se fondre dans ce tourbillon d’émotion, y disparaître. Il voulait être couleur.

Un vent doux lui chatouillait gentiment le visage. Faisant danser les gerbes rouges en une valse endiablée. Étrangement envoutante. Il semblait obéir à sa volonté seule, allant et venant, tourbillonnant joyeusement. Allant parfois jouer dans les branches de l’arbre mort qu’il devinait non loin de là, faisant faiblement craqueter ses vieilles ramures engourdies. Et ces ténus grincements se transformaient dans les oreilles du jeune homme en gazouillements de bienvenue malicieux et rires cachés.


Eliott se sentait lentement partir. Comme si son esprit se détachait de son corps pour accompagner ces voix. Les parfums des fleurs de sépulture lui étaient montés à la tête. Il avait tout oublié. Plus rien n’existait, que ce qui l’entourait à présent. Il ne sentait pas l’atmosphère suffocante de mort de la plaine. Tout était beau, parfait. Il les avait tous oubliés. Il se sentait heureux. Il se sentait comblé. Rien ne semblait pouvoir mettre fin à cette béatitude, à cette transe. Ceux qu’il avait haïs. Il sentait qu’il appartenait à ce lieu. Si étrange qu’il soit. Peut-être avait-il toujours eu une part de lui ici. Ceux qu’il avait portés dans son cœur. Lui aussi était étrange. Hors normes. Pour cela, sûrement, ce monde l’avait accepté en son sein. Parce qu’il était comme lui. Il avait oublié ses amis, sa famille. Cet endroit ressemblait tellement aux légendes qu’il connaissait. On eût dit un amalgame de tous ce qu’il y avait de plus beau dans le monde merveilleux des contes. Il avait même oublié sa princesse. Ici, c’était chez lui. Il ne bougerait plus. Il avait trouvé ce qu’il avait toujours cherché. Cru trouvé parfois. Mais il était enfin là. Son paradis. Il avait oublié Misha.

Misha aurait aimé cet endroit.


Eliott se réveilla en sursaut. Misha. Comment avait-il pu laisser s’échapper pendant ne serait-ce qu’un instant le souvenir de l’enfant qui l’avait rendu plus fort. Grâce auquel il avait pu se battre pour survivre. Survivre. Mais n’était-il pas mort ?

Il avait beau essayé de s’en persuader, ce qui l’entourait paraissait beaucoup trop réel, palpable. Encore à moitié inconscient, il se pinça le bras.


« Aouch ! » Laissa-t-il passer entre ses dents.


Ressentait-on la douleur dans l’au-delà ? En y songeant, les blessures qui le couvraient avant qu’il n’arrive en cet endroit étrange avaient également disparues. Il n’en ressentait plus les pénibles élancements. Comment cela était-il possible ? Plus Eliott y songeait, plus ses pensées s’emmêlaient. Il n’y comprenait rien. Et sa frustration allait croissante alors qu’il tentait vainement de se rappeler ce qui avait bien pu se passer entre sa déambulation au travers des ruelles de Bucarest et son arrivée dans ce lieu inconnu, aux apparences fantastiques. Un brouillard sombre semblait masquer ce passage stratégique.


« Mais qu’est-ce qu’il se passe, putin… » Marmonna-t-il à voix basse, se passant une main lasse dans les cheveux.


Soudain, un bruit le fit sortir de ses sombres pensées.

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Skye Winsens
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Mer 15 Fév - 17:06

Rouge, tout était rouge.

La colline, étendue flamboyante qui semblait animée d'un mouvement propre. Parfaitement identique à toutes les fois où Skye l'avait parcourue, comme figée dans le temps, tout comme elle. Il y avait des choses qui ne bougeaient jamais, ici. Des choses qui restaient toujours fidèles à la première image qu'elles avaient donnée d'elles-mêmes, comme s'il ne s'agissait que d'un tableau ou d'une photo. Des choses qui demeuraient inchangées alors qu'elles auraient dû rester éphémères.

Tout comme le champ de Lycoris.

Le rouge était là et ne ternissait jamais. Les fleurs étaient là et ne fanaient jamais. A peine un de ces Spider Lily était-il arraché de son socle, à peine sa tige était-elle rompue à la base, qu'un autre se mettait à pousser, lentement, sûrement, pour progressivement prendre sa place. Ce n'était qu'une fois libérée de la colline que le temps reprenait son cours sur l'herbacé et qu'il redevenait fugace, qu'il commençait à dépérir.
Skye avait souvent observé ce phénomène sans y trouver d'explication. Pourquoi les fleurs, ici, étaient-elles toujours ouvertes ? Pourquoi ne changeaient-elles jamais ? Pourtant, celles que vendaient le fleuriste dans un de ces nombreux pots colorés ou celles que certains cultivaient dans leur jardin ne restaient pas longtemps ainsi. Elles n'étaient au départ que bourgeon, pour s'ouvrir et dévoiler toute leur beauté, avant de faner et de retourner à la terre. Une vie cyclique que les Lycoris ne connaissaient visiblement pas.

Accroupie au milieu des plantes, la fillette avait rapproché son visage à quelques millimètres d'un des Lycoris et tentait de voir une irrégularité. Mais rien ne venait trahir l'âge avancé de cette fleur, absolument rien. Alors elle glissa délicatement ses doigts le long de la tige, remontant jusqu'au sol, et tira d'un coup sec. Le fin brin qui raccordait les pétales au terrain céda en un rien de temps. Le lien avec l'immortalité venait de se rompre. L'enfant ramena alors la fleur près de son visage, terminant son observation en silence, avant de l'ajouter au paquet d'autres qu'elle avait au creux de son bras gauche. Puis elle se releva et se mit à trottiner au milieu de la marée rouge.
Sa peau pâle et la robe immaculée qu'elle revêtait ce jour-là juraient véritablement avec la couleur vive qui semblait l'assaillir de toute part. Seul son chapeau sombre habituel trônait au sommet de son crâne, comme s'il s'agissait de son signe distinctif. Telle une apparition, elle vagabondait, tournoyait, soulevant quelques pétales sur son passage. De temps à autres, elle se baissait, reproduisait le même manège et agrandissait petit à petit son bouquet de fleurs. Elle voulait voir comment elles faneraient à leur tour. Elle voulait analyser le mystère de la colline. Oui, comprendre, elle voulait juste comprendre...

Son ombre la suivait, silencieuse, presque absente, comme effacée par la luminosité ambiante. Cette situation était bien rare, exceptionnelle. Car d'habitude, la tâche sombre était plus présente qu'aucune autre, presque irréelle tant elle se démarquait sur le sol ou les murs, quelles que soient la provenance et la vivacité des rayons du soleils. D'habitude, elle faisait le guide, conduisait Skye à bonne destination, l'affublait de missions toutes plus étranges les unes que les autres. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, c'était silence radio.

Son ombre n'était plus son guide.

Son ombre n'était plus son amie.
Son ombre n'était plus qu'une ombre.


Skye était seule, et l'absence de la petite voix dans sa tête lui manquait. Elle avait beau l'appeler, poser des questions à vive voix, aucune réponse ne lui parvenait, ni à ses oreilles, ni à son âme. Elle ressentait l'absence de son ombre, et cette séparation lui pesait. Se retournant pour faire face à ce qu'il restait de son ancien guide, la blondinette fit la moue et lança d'un ton plein de reproches :

« Méchante ! Tu m'as laissée toute seule ! Je vais faire quoi maintenant, sans toi ? »
Un compagnon de jeu. L'idée lui effleura l'esprit au moment même où elle prononçait ces derniers mots. Il fallait qu'elle trouve un ami qui puisse effacer le manque qu'elle ressentait. Il fallait qu'elle trouve un confrère pour lui changer les idées. Mais où trouver la perle rare qui serait à sa disposition sans se poser la moindre question ni la juger sur ce qu'elle savait d’ors et déjà sur la petite Princesse des Ombres ?

Comme poussée par son instinct, Skye releva la tête et regarda autour d'elle, réfléchissant sans doute à un endroit où elle trouverait celui ou celle qu'elle cherchait. Son regard s'arrêta sur le sommet de la colline, où l'arbre mort se dressait tel un mauvais présage. S'étant déplacée au hasard, elle ne pensait pas s'être autant rapprochée de la ruine. Mais il fallait croire que ses pas la ramenaient toujours au même endroit, là où la complainte retentissait plus fort qu'ailleurs.
Cependant, ce n'étaient pas ces pans de murs ou le vieux chênes qui attirèrent l'attention de la fillette, mais plutôt une tâche colorée inhabituelle à un tel endroit. Elle n'était pas seule à fouler de ses pieds la terre recouverte de fleurs d'équinoxe. Il y avait quelqu'un d'autre.

Elle avait trouvé celui qu'elle cherchait.

Un large sourire s'afficha sur le visage de la petite blonde tandis qu'elle reprenait sa route, s'avançant droit vers le sommet de la colline. Plus elle approchait, plus les détails de la personne devenaient nets, et plus Skye était certaine de ne l'avoir jamais vue. Mais elle ne s'en inquiéta pas. Après tout, elle se trouvait sur la colline, là où tous ces étrangers débarquaient au compte goutte, envoyés d'après leurs dires par un sosie du Boutiquier. Que lui soit sa nouvelle recrue n'avait rien d'étonnant. Un de plus, un de moins, qu'est-ce que cela pourrait bien changer pour ceux qui vivaient au village depuis longtemps ? La réponse tenait en trois mots. Rien. Du. Tout. Une nouvelle personne au village ne signifierait qu'une nouvelle personne à accueillir. Rien de plus ; rien de bien préoccupant.

Skye s'arrêta aux pieds garçons et se pencha en avant pour mieux le regarder. Il avait l'air perdu, réaction à laquelle l'enfant était bien habituée. Alors, elle lui adressa un sourire accueillant qu'elle voulut rassurant et s'éclaircit la gorge avant d'entonner à pleine voix :

« Bienvenue à Tamashi no Higan, Étranger ! »
Une phrase qu'elle avait souvent entendu son grand-père prononcer. Une phrase coutumière, en somme, qu'elle ne faisait que répéter après l'avoir écoutée tant de fois. Les rôles changeaient pour la première fois. Après avoir été si souvent guidée, la voilà qui devenait guide. Elle devrait aider l'inconnu à accepter le monde où il venait d'arriver. Elle devrait lui expliquer tout ce qu'il devait savoir. Tant de choses en perspective, et elle ignorait tout à fait comment s'y prendre.

Alors elle choisit la simplicité pour commencer. Une fois certaine qu'elle avait toute l'attention du garçon à l'étrange couleur de cheveux, elle lui tendit le bouquet qu'elle avait fabriqué chemin faisant. C'était son cadeau de bienvenue et elle espérait que l’Étranger l'accepterait. Comme pour l'inviter à se saisir rapidement de son présent, elle ajouta quelques mots, plus doux que son message de bienvenue.

« Tiens, c'est pour toi ! »

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Eliott Dinescu
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Lun 20 Fév - 21:24

Soudain, un bruit. Un son ténu. Un cri que le vent avait par malice porté jusqu’à ses oreilles ensommeillées. Mais trop éloigné pour qu’il ne puisse en saisir le sens. Juste un amalgame de syllabes méconnaissables. Pourtant la voix avait toutes les sonorités d’un être humain. De qui pouvait-il bien s’agir ? Ou, peut-être, de quoi ?

Eliott voulut se lever. Mais n’y parvint pas. Son corps, qui pourtant paraissait si léger, semblait s’être changé en vulgaire morceau de bois. Tas de viande inerte. Ses membres ne répondaient plus à ses impulsions nerveuses. Commençant à céder à une certaine panique, Eliott était plus perturbé que jamais. Et de ce fait, légèrement irrité. En se concentrant intensément, il parvint à bouger légèrement ses doigts ankylosés. Victoire de faible intérêt, mais qui le rassura tout de même un peu. Au moins, il n’était pas complétement paralysé. Pas complétement mort. Enfin… Il l’espérait.

L’esprit entièrement accaparé par le peu de responsivité de ses muscles, le jeune homme avait presque oublié cette histoire de voix. Et c’est à ce moment précis que ce monde, qui lui apparaissait déjà comme étrange et sournois, décida de lui faire une nouvelle surprise.

Au-dessus de lui apparut une tête. Une tête d’enfant blonde. Non, pas une tête volante, détachée d’un corps lui étant propre. Une vraie petite bouille avec les bras, le torse et les jambes de gamine qui l’accompagne. Matérialisé devant lui, comme ça. Comme par enchantement. Enchantement dans un endroit déjà bien trop ensorcelé pour le pauvre Eliott qui n’en revenait toujours pas. Comment se faisait-il qu’il ne l’avait pas entendu arriver ? C’était comme si elle appartenait au paysage. Les légers frottements de ses vêtements contre les pétales étaient inscrits dans ce monde et ses pas aussi silencieux que ceux d’un chat. Ou alors était-ce encore un tour du vent ?

Le visage qui le surplombait fut soudainement éclairé par un sourire. Un sourire, immense, doux, lumineux. Si sincère et naïf. Un genre de sourire qu’il ne nous est plus souvent permi de voir de nos jours. Un vrai sourire de petite fille. Ses yeux d’un bleu azur, aussi profonds et clairs que deux lagons illuminés, semblaient eux aussi refléter cette charmante innocence, exprimant une affection inconditionnelle à toute personne, toute chose. Laissant une chance à chacun, sans poser de questions.

Un ange ? , fut la première pensée qui traversa l’esprit d’Eliott.


« Bienvenue à Tamashi no Higan, Étranger ! »


Cette exclamation eût pour effet de faire sortir Eliott de sa contemplation. Sa première réaction fut la gêne. Il venait de se rendre compte qu’il dévisageait l’enfant depuis un petit bout de temps, et pour ne rien gâcher, il devait très certainement afficher un des airs les plus cocasses. Heureusement pour lui, la gêne lui faisait rarement monter le rouge aux joues. De plus, ce sentiment ne dura qu’un temps. En effet, le sens des paroles de la blonde s’encra enfin dans son cerveau, visiblement très perturbé par les événements récents.

Bienvenue. Tamashi no Higan. Étranger.

Mais de quoi diable parlait-elle ? Bienvenue, c’était bien gentil, mais rien ne lui garantissait qu’il ne se ferait pas bouffer au premier pas dans cet univers inconnu. Tamashi no Higan, ça ne lui disait rien. Et puis ça ne lui donnait pas plus d’indications, à part que cela devait être le nom de l’endroit où il se trouvait présentement. Étranger. Elle en avait de bien bonnes. Ne lui avait-on pas appris que ce terme n’appartenait plus au cercle très fermé du politiquement correct ?

Du coup, ne sachant trop quoi répondre, et trop secoué pour parvenir sur le moment à formuler une quelconque phrase, Eliott se contenta de hocher doucement la tête. Le tout accompagné d’un faible grognement qui se voulait cordial, et toujours en s’efforçant de ne pas fixer son visage de façon trop apparente.

La petite lui tendit alors un bouquet. Eliott eut un geste de recul et se redressa sur ses coudes. C’est alors qu’il se rendit compte qu’il avait retrouvé toute la mobilité de ses mouvements – un tour de magie, certainement – et en profita pour se redresser en position assise. Il était surpris. Il n’avait pas remarqué ce paquet avant qu’elle ne le sorte de sous son bras. Et pourtant. Il s’agissait d’une gerbe assez impressionnante de fleurs. Les mêmes fleurs qui recouvraient le champ et qui entouraient son corps encore allongé. Une beauté figée dans toute sa splendeur. Parfaite. Irréelle. Comme tout ce qui lui arrivait. Tout droit sortie d’un livre.

Et puis, la fillette accompagna une parole à son geste, se voulant sûrement engageante.


« Tiens, c’est pour toi ! »


Eliott était un mec. Il n’acceptait pas les bouquets de fleurs. Par principe. Même si, bizarrement, elles ne lui paraissaient pas si moches que ça. Et jamais il n’avait eu ce genre de pensée pour de vulgaires végétaux, quels qu’ils soient. Il n’en voulait pas spécialement, donc. Mais là, il n’avait pas vraiment le choix. Qui pourrait refuser une offrande d’un ange. D’un messager de la providence. Ça portait malheur. Et il avait déjà bien assez d’ennuis comme ça. Et puis, même s’il ne s’agissait pas d’un poupon aux ailes blanches, l’enfant n’avait pas l’air d’être méchante, plutôt de bonne foi même, essayait-il de se convaincre.

C’est donc d’une main peu assurée et d’un geste sec qu’il lui retira des mains le présent. Prenant un air un peu bougon, en une façon de ne pas reconnaître qu’il avait accepté un cadeau généralement réservé à l’autre sexe. Détournant le regard afin que son embarras croissant ne paraisse trop. Enfin, il crut bon d’ajouter un grommellement faiblard.


« M’ci… »


C’était déjà un bel effort pour Eliott, mais qui n’apparaissait généralement pas comme tel pour ses comparses.

Et puis, un petit temps. Un coup d’œil de biais, furtif. Une courte phrase. Sans grandes convictions.


« Drôle de chapeau. »


Il ne savait pas trop pourquoi il avait dit ça. Il lui semblait qu’il devait dire quelque chose. N’importe quoi. Comme si il en avait eu l’obligation. Qui sait. Rien ne pouvait prédire les futures actions de la blonde s’il ne se montrait pas assez engageant. Et c’était ça qui lui était venu en premier à l’esprit. Parce qu’après tout, c’était vrai que la blonde avait un chapeau peu courant. Que l’on voyait en général sur des femmes d’âges mures recherchant un nouveau style ou sur les magiciennes un peu loufoques, mais très peu sur une fillette. Un couvre-chef qui jurait d'ailleurs particulièrement avec sa menue silhouette et son vêtement clair et léger.


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Skye Winsens
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Jeu 23 Fév - 17:53

En à peine quelques pas furtifs, l'enfant s'était retrouvée aux pieds de celui qui venait tout juste d'arriver à Tamashi no Higan. Un garçon pensif, perdu dans un endroit magique qu'il ne connaissait pas. Sans doute un peu trop irréel pour lui. Skye ne pouvait pas comprendre une telle façon de voir les choses. Ce monde, c'était ce qu'elle avait l'impression d'avoir toujours connue. C'était sa réalité. La proximité qu'il pouvait avoir avec les contes qu'on lisait aux enfants du monde réel –à cause de sa beauté figée, à cause de tout le surnaturel qui y demeurait– lui échappait totalement. Pour elle, il n'y avait jamais rien eu de plus normal.

Visiblement, l'inconnu ne l'avait pas encore repérée. Alors elle s'était penchée en avant pour glisser doucement dans son champ de vision, exactement comme le Boutiquier l'avait fait avec elle quelques jours auparavant, mais en gardant plus de distance. La surprise passa sur le visage du jeune homme tandis qu'il commençait à l'observer, à la détailler du regard sans aucune discrétion. La couleur de ses yeux déboussolés, de sa chevelure courte et éclatante, jurait avec le paysage uniforme et répétitif. Un vert pomme doux qui se démarquait du rouge perçant qui l'entourait. Un tel détail inhabituel ne pouvait qu'attirer l'attention de ceux qui passaient dans le coin. C'était sans aucun doute pour cela que Skye l'avait remarqué peu avant et s'était dirigée par ici. Du Vert. Une couleur courante pour les iris, mais inédite pour ce qui était des cheveux. Même si le Village était à lui seul un véritable regroupement d'étrangetés et de particularités physiques hors normes, la fillette devait bien admettre qu'elle n'avait encore jamais vraiment croisé de personne dotée d'une telle originalité. Il en avait alors l'exclusivité à ses yeux.

Comme pour mettre fin à la surprise et la désorientation du nouvel Étranger, la petite Princesse lui avait souri chaleureusement et l'avait accueilli comme elle se devait de le faire. Mais son message de bienvenue n'entraîna pas vraiment l'effet escompté. Si elle ne remarqua pas le moins du monde la gêne de l'inconnu, le silence qui suivit et la réaction étrange qu'elle reçut en réponse n'étaient pas ce à quoi elle s'était attendue. Il avait fini par hocher la tête et avait faiblement grogné. Que diable tout cela voulait-il dire ? La petite s'interrogea un instant à ce propos. Si le mouvement de tête pouvait être facilement interprété comme un remerciement pour son accueil, le grommellement qu'elle avait à peine perçu gardait un sens très flou. Peut-être que son geste n'avait pas plu, en fin de compte. Qu'il l'avait remerciée par politesse mais qu'il ne voulait pas de sa présence et de son amabilité. Ou peut-être qu'elle s'y était juste mal prise.

Comme pour se rattraper, elle avait tendu son bouquet de fleur durement assemblé au garçon. Magnifique cadeau de bienvenue qui ne convenait décemment pas à son interlocuteur. Présent habituellement réservé à la gente féminine. Mais ceci précisément était bien loin de ses préoccupations. Parce qu'elle voulait tenter de gagner sa confiance. Et parce qu'enfin, il y eut un véritable mouvement de sa part. Un recul, puis un redressement. Il se trouvait désormais assis face à elle, toujours aussi surpris. Mais son invitation à se saisir du paquet écarlate porta ses fruits. D'un geste hésitant et peut-être un peu trop brusque, l'étranger se saisit du petit butin et marmonna un simple mot de remerciement. Un mot que, cette fois-ci, Skye comprit.


« M’ci… »
Le sourire de la fillette s'élargit, dévoilant sa dentition face au progrès qu'elle venait de voir. Elle avait réussi à le faire parler, en fin de compte. Et ce n'était pas pour qu'il l'envoie promener. C'était d'un son peu convaincu qu'il lui avait adressé ses remerciements, et ainsi venait d'accepter définitivement son cadeau.

Toute contente en pensant que les fleurs avaient plu, l'enfant s'assit assez brutalement en face de l'adolescent. Se laissant presque tomber sur les fesses, elle croisa ses jambes en tailleur, laissant le volant de sa robe légère recouvrir totalement ses fines gambettes. Elle était à son niveau, maintenant, même s'il la dépassait d'au moins une tête. Il n'avait plus à lever la tête pour la regarder ; elle n'avait pas besoin de se pencher pour lui parler. Prenant ses aises, la blondinette s'assit confortablement pour la conversation qu'elle sentait approcher.

Et puis, trois autres mots, brefs, d'une voix un peu plus claire qu'auparavant.


« Drôle de chapeau. »
Et drôle de phrase. Skye ne s'attendait pas à une telle remarque. La surprise prit la place du sourire, s'affichant presque exagérément sur son visage expressif. Elle laissa échapper une petite exclamation étonnée :

« Ah bon ? »
Levant les yeux vers le bord de son chapeau, elle finit par s'en saisir et l'ôter du sommet de son crâne, ébouriffant légèrement ses cheveux blonds au passage. Puis commença son observation. D'un air intrigué, elle fit tourner le chapeau entre ses mains, l'observant sous toutes les coutures, essayant de comprendre ce qui avait pu lui faire dire une telle chose. Mais rien à faire, elle ne voyait pas. Il n'était pas étrange son chapeau. Il était parfaitement normal. Elle le portait depuis toujours, il était devenu une partie d'elle-même. Et elle n'avait eu que très peu de remarques à son propos de part le passé.

L'enfant reporta alors son attention sur l'inconnu, une petite moue penaude sur le visage. La tête légèrement penchée sur le côté, elle finit par lui demander, visiblement curieuse d'entendre son explication :


« Pourquoi il est bizarre, mon chapeau ? »
C'est alors qu'une petite idée germa dans son esprit. Comme ça, tout simplement. Alors que la couleur verte de ses cheveux attirait à nouveau son attention. Son regard glissa du garçon au chapeau, plusieurs fois. Le garçon. Le chapeau. Moment de réflexion. Et un petit sourire malicieux naquit sur son visage. Se redressant d'un coup en passant sur les genoux, le chapeau fermement maintenu dans ses menottes, la petite se rapprocha simplement du jeune homme. Puis, elle déposa son chapeau sur sa tête avant d'observer son œuvre en silence.

Drôle. Ça, c'était drôle. Le chapeau ne lui allait décidément pas du tout. Avec l'immense nœud blanc qui trônait sur le côté. Avec les rubans qui tombaient au bord jusque sur les cheveux de l'étranger. Avec les petites roses au centre du morceau de tissu noué. Le tout faisait beaucoup trop féminin pour aller à une personne de la gente masculine.

Et Skye éclata de rire.



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Eliott Dinescu
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Dim 26 Fév - 0:03

« Drôle de chapeau. »


A peine Eliott eût-il prononcés ces mots qu’il le regretta. Le sourire qui le fascinait tant s’estompa. Les sourcils blonds montèrent se cacher sous la mèche. Les grands yeux bleus s’écarquillèrent, brillant d’incompréhension.



« Ah bon ? »


La petite apparut toute déconcertée. Ne semblant pas comprendre la taquinerie. En même temps, le jeune homme n’avait pas réellement eu l’intention d’en faire une, au départ. Et n’avait pas vraiment fait d’efforts pour que cela y ressemble, au final. La phrase était sortie toute seule. Pour combler le blanc. Pour essayer de détendre un peu l’atmosphère. Pour accompagner le geste de rapprochement que la blondinette avait eu en s’asseyant à ses côtés.

Il avait bien aimé ce geste, d’ailleurs. Ça l’avait calmé. Radouci. Ça lui avait rappelé les camaraderies de son enfance. Il s’était un instant perdu dans les plis de la robe de tissu retombant paisiblement sur le sol. Laissant de doux souvenirs s’insinuer dans son esprit. Aussi, l’avait-il volontiers laissée faire. Et avait même tenté une approche. Tentative qui pouvait désormais se résumer en deux mots.
Echec. Cuisant.


La mignonne avait ôté son couvre-chef et l’observait sous toutes les coutures. Un air sérieux flottait sur son visage, durcissant ses traits d’enfant. Son intense concentration se dépeignait sur le léger froncement de peau qu’on pouvait observer entre ses sourcils. Eliott se caressa fébrilement la nuque, embarrassé. L’enfant manipulait la coiffe avec une grande délicatesse, l’agrippant doucement du bout des doigts. A la façon dont on manipule du cristal. Fragile et précieux. Qu’on craint de voir se briser au moindre mouvement brusque. L’enfant était visiblement attachée à ce chapeau.

Et cette réalisation ne rassura pas le moins du monde Eliott qui commençait déjà paniquer. Elle eût même l’effet inverse. Mais qu’avait-il donc fait ! Il se sentait fautif. Coupable de meurtre de sourire. Il aurait voulu lui remonter le moral. Lui rendre la joie innocente qui semblait encore l’entourer en un voile rassurant il y avait quelques secondes de cela. Aura rayonnante qui lui semblait perdue. Mais Eliott n’était pas très doué pour ce genre de choses. Il ne l’avait jamais été.

Et puis, ce fut le coup fatal.


« Pourquoi il est bizarre, mon chapeau ? »


Eliott n’en pouvait plus. L’air tristounet qu’affichait maintenant la petite était le coup mortel. Le couteau retourné une fois de trop dans la plaie. Le garçon ne savait pas pourquoi il était aussi sensible aux émotions que laissait transparaître l’enfant. Une empathie peu commune à laquelle il avait rarement été soumis.

C’est donc un baragouinage d’excuses pitoyables sans lien ni sens qui sortirent de ses lèvres, troublées et entrecoupées d’hésitation comme si elles étaient passées préalablement au hachoir.



« Ah, mais- Je- Non ! C’est pas- P’tin. ‘Scuse, je- J’le… pensais pas… vraiment… Enfin, je- Rah, merde ! »


Eliott se passa une main nerveuse dans les cheveux, écrasant une partie de son visage au passage. Mince, mais qu’est-ce qu’il faisait. Ça ne voulait rien dire, ça. Cette salade d’onomatopées n’allait certainement pas arranger les choses.

C’est alors que la blonde le surprit le plus. Lentement, résolument, elle s’avança, tenant fermement son précieux accessoire. Le garçon ne comprit pas tout de suite où elle voulait en venir et la laissa s’approcher, perplexe.



« Eh ! Que ? »


Encore une fois, Eliott aurait dû s’énerver. Renvoyer la toque. Mais encore une fois, il en fût tout autrement. Il ne moufta pas. Laissa la mignonette le couronner de son chapeau. L’observa le détailler du regard. Puis, le sourire revint. Encore plus éblouissant. Et il fût aussitôt suivi d’un rire. De son rire. Un rire cristallin, délicieux. Un rire d’enfant.

Bien que la blonde semblait se moquer ouvertement de lui, Eliott ne parvint pas à ressentir la moindre colère. La moindre rancune. Il ne s’agissait là que d’une enfant. Naïve et insouciante. Jamais il n’aurait pu l’imaginer se montrer mesquine. De plus, ses humeurs avaient toujours été influencée par ce qui l’entourait. Il avait toujours été une personne relativement manipulable, trop sujette à ses émotions. Autant cela pouvait lui nuire en la présence des mauvais individus, autant face à cette fillette qui irradiait de bonté, d’innocence et de joie de vivre, cela ne pouvait pas faire de mal. Au son agréable de ce rire, donc, il se détendit complètement. Couvant la gamine d’un regard attendri, affectueux. Et rapidement, son rire se joignit au sien. Tourbillon de joie. Danse d’aiguë et de grave dans un mélange étonnement harmonieux.



« Haha ! Eh bah, encore un cadeau ? Va falloir ralentir le mouvement, p’tiote ! »


Et puis, d’un mouvement ample et rapide, Eliott se releva, maintenant le chapeau d’une main sur sa tête et tenant le bouquet de l’autre, faisant voler au passage quelques pétales écarlates dans les airs.



« Alors, ça me va bien ? »


Un petit tour sur lui même. Une légère courbette pour la comédie. Un clin d’œil à son auditoire. Il était parfois tellement agréable de se laisser prendre au jeu. Si facile de retomber en enfance. Il ne lui manquait plus qu’une cape, et il l’aurait emmenée faire le tour du monde en bohème, au gré des spectacles. Enfin, de ce monde tout du moins.


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Skye Winsens
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Dim 8 Avr - 19:24

Un chapeau. Tout était parti de cet ornement simple et banal, qui trônait au sommet du crâne de nombreuses personnes. Accessoire bien souvent assorti à des tenues élégantes. La dernière pièce d'un puzzle, qu'on n'oubliait jamais d'ajouter pour se rendre aux soirées mondaines. Comme si on n'était rien sans son chapeau.
Mais parfois, il suffisait de bien peu pour détendre l'atmosphère. Un brin d'insouciance, accompagné d'un objet pour le moins basique et d'un petit rire cristallin, et l'approche pouvait se montrer décisive. Fini la gêne et les hésitations. Maintenant, il était l'heure d'ouvrir son cœur et de se laisser envahir par la joie du moment.

Un changement aussi radical n'était pas garanti, mais c'était pourtant ce qui venait d'opérer sous les yeux de l'enfant. Le garçon distant et maladroit était parti. Celui qui l'avait remplacé riait désormais aux éclats, accompagnant Skye dans son effusion d'amusement. Elle se moquait pourtant de lui. De la manière dont son précieux chapeau ne lui seyait pas le moins du monde. De ce décalage entre l'objet décoratif et l'énergumène qui le portait. Mais la moquerie ne semblait pas atteindre l'étranger. Bien au contraire, il se laissait embarquer par le jeu, prenait la plaisanterie comme elle venait, acceptait finalement la tentative d'approche de la fillette. Il finissait par se détendre. Et ce grand progrès ravissait la princesse des ombres.

Finalement, elle avait réussi ce qu'elle tentait de faire depuis plusieurs minutes. La mise en confiance s'était rapprochée du but. Mais c'était grâce aux gestes. Grâce à un comportement pour le moins mesquin. Grâce à une attitude que Skye n'adoptait pas souvent, et encore moins en présence d'inconnus. Sa petite vengeance pour l'affirmation étrange qu'il avait prononcée. Sa revanche contre la taquinerie qu'il avait faite inconsciemment. Les mots n'avaient rien à voir là-dedans. Les gestes réussissaient là où les mots avaient échoués.


Plus de balbutiements. Plus de grognements. Plus de mouvements de recul. L'assurance avait repris sa place et s'affichait visiblement sur le visage du garçon. Et alors que Skye faisait taire ses rires, afin de reprendre son souffle, de nouveaux mots, amusés et plus vivants cette fois-ci, s'élevèrent dans les airs.


« Haha ! Eh bah, encore un cadeau ? Va falloir ralentir le mouvement, p'tiote ! »
Le progrès continuait à œuvrer. Maintenant, les paroles venaient prendre la suite au rire. Décidément, ce garçon était plein de surprises. Skye ne pensait pas réussir à entraîner un tel revirement de situation. Maintenant, il était celui qui menait la conversation, celui qui continuait le jeu qu'elle avait lancé par élan de malice. Quand il se leva, conservant le bouquet d’équinoxe dans ses bras et arborant fièrement le couvre-chef inapproprié, son attitude désinvolte augmenta l'allégresse de la blondinette. Mais ce fut la question qu'il posa ensuite qui relança le rire.

« Alors, ça me va bien ? »
Cette question n'en était pas une. Il connaissait bien entendu la réponse. Mais la comédie était un art qu'il maîtrisait plutôt bien et la fillette s'y laissa entraîner. En le voyant faire un petit tour sur lui-même, suivi d'une courbette et d'un clin d’œil, Skye ne put se retenir d'applaudir tout en s'exclamant d'un ton rieur :

« Magnifique ! »
Le spectacle était pour le moins amusant. Un garçon armé d'accessoires féminins... Il ne manquait plus que la robe pour que son accoutrement décalé atteigne son paroxysme. L'enfant n'avait aucun mal à imaginer le tableau, et sans doute cela jouait-il beaucoup dans l'attitude qu'elle-même adoptait. Son sourire ravissant, l'éclat de malice qui brillait dans ses yeux. Tout sur son visage montrait que la vision qui s'offrait à elle l'amusait beaucoup.


« T'es marrant, toi, en fait ! »
Ces mots étaient surprenants. Tranchaient avec la situation précédente. Sans arrière pensée aucune, elle avait exprimé ouvertement la constatation qu'elle avait faite sur son interlocuteur. Comme si elle venait tout juste d'en faire la découverte. Comme si c'était l’événement du siècle. Ce n'était pas totalement faux en soi, puisqu'il y avait à peine quelques minutes de cela, il restait fermé. Et puis, ne venait-elle pas tout juste de le rencontrer ? Mais la princesse n'avait pas imaginé un seul instant qu'il puisse se prêter aussi rapidement à des jeux enfantins. Qu'il puisse se comporter de la sorte avec elle. Comme un grand frère qui jouerait avec sa sœur. Comme un enfant qui s'amuserait avec un autre.

Maintenant, elle en était absolument certaine, elle venait de trouver le compagnon de jeu idéal. La personne qu'elle recherchait justement en montant sur la colline.



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Eliott Dinescu
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Mer 11 Avr - 17:07

Il s’en été fallu de peu. Un mot de trop, un regard de travers en plus, et l’étrange lien qui semblait se former doucement entre eux, comme un fil de soie délicatement tiré du cocon, fragile et précieux, se serait rompu. Tout cela aurait pu mal finir. Avec un silence gêné, de minables excuses et un adieu peu émouvant. Il aurait pu faire peur à la petite, l’offusquer, ou pire encore, la rendre plus triste et désorientée qu’il ne l’avait vu avant.

Mais Eliott avait réagi à l’instinct, comme bien souvent dans les situations délicates. Et pour une fois, cela avait payé. Il s’était abandonné, ne misant que sur la chance, laissant libre cours à ses gestes et paroles à la façon d’un désinhibé, entrainé par la vague de félicité qui semblait les entourés de son corps protecteur. Ses joyeux remous balançaient le cœur du jeune homme qui se sentait redevenir enfant au contact de la blondinette. Et le résultat était là.

Il se fichait désormais bien de ce à quoi il pouvait ressembler, là maintenant. Il était certain qu’il en aurait honte. Plus tard. Quand ce moment unique se serait estompé et qu’il aurait recouvré entièrement ses esprits. Lorsqu’il se serait éloigné de ce lieu, de cette enfant. Au moment où il s’éveillerait, comme sortant d’un long sommeil emplis de rêves, et comprendrait. Mais pour l’instant, rien ne lui incombait plus que les prunelles azurées de la gamine braquées sur lui comme les projecteurs les plus lumineux, éclairant son humble théâtre à la seule force de son rire et ses brefs applaudissements résonnant à ses oreilles comme mille spectateurs en furie.



« Magnifique ! », avait-elle lancé entre deux rires légers comme des plumes.


Son sourire se dépeignait jusque dans ses paroles qu'Eliott sentait se fondre en lui, comme du miel dans une gorge irritée. Elle paraissait enchantée du spectacle, et le jeune homme pouvait presque imaginé les marionnettes colorées qui l’accompagnaient dans son jeu de scène. Puis, elle ajouta, toujours aussi guillerette :


« T’es marrant, toi, en fait ! »


Eliott avait gagné. Il avait gagné le pari de l’égailler, de la faire rire. Il l’amusait grâce à son accoutrement, à son acte de comédien, un peu comme un numéro de cirque. Il était devenu le bouffon de la princesse. Le drôle, le cajoleur, le confident, le dévoué. Celui qui restait dans l’ombre du prince charmant pour mieux la protéger, s’assurant de son bonheur en secret. Et cette place lui convenait parfaitement. En ce moment même, il était fier. Il se sentait heureux.

Pourtant, dans les tréfonds de ses tripes, une légère et presque imperceptible inquiétude se mouvait. Un doute sinueux, effacé, qui pouvait tout gâcher s’il prenait trop d’importance. Comment pouvait-il réagir ainsi, jusqu’à ne pas se mettre en colère face à, si innocente soit-elle, cette remarque blessante. Comment pouvait-il éprouver autant d’affection pour quelqu’un d’autre que feu sa petite sœur. Comment pouvait-il tomber autant en empathie avec une mioche qu’il venait à peine de rencontrer. D’accord, il se laissait généralement emporter par ses émotions, et avait bien souvent tendance à trop en faire. Mais à ce point-là, ça ne lui arrivait, pour ainsi dire, jamais. Était-ce dû à ce lieu ? A la profonde sensation d’y appartenir ? A la mystérieuse aura qui semblait s’échapper de la petite ? A sa frappante ressemblance avec Misha ? Aucunes de ses réponses ne lui paraissaient juste.

Eliott balaya ses perturbantes pensées d’une secousse de la tête. Bah ! Il s’en fichait bien tout compte fait. Une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est difficile de s’en tirer. Pour l’instant, il se concentrerait sur le moment présent. Et ce n’est pas sans une once de satisfaction dans la voix qu’il s’esclaffa en bombant le torse.



« Encore heureux, mon n’veu ! Non mais, tu m’as pris pour qui, hein ? »


Il s’était à nouveau agenouillé en face de la petite, pour accompagner ses dernières paroles, prenant bien garde de ne pas faire voler le chapeau et reposant le bouquet par terre pour avoir ses deux mains de libre. Et, d’un geste un peu bourrue mais dans lequel il essaya de faire passer toute son affection, il lui avait ébouriffé les cheveux.

Ils étaient doux, soyeux, légèrement chaud. Comme ceux d’un bébé. Un touché agréable, réconfortant, comme le poil duveteux d’un chat. Fugacement, le visage d’Eliott passa de l’étonnement à la bienveillance. Ses yeux s’étaient adoucis, posaient sur la petite un regard affectueux, presque protecteur. Ce n’était qu’une enfant. Mais que diable lui avait-il pris de se mettre dans tous ses états pour si peu. Décidemment, cet endroit lui mettait les nerfs à vifs. Il laissa un instant de plus ses doigts effleurer sa souple chevelure en une délicate caresse, touché de velours. Puis, il laissa lentement tombé sa main sur son genou, rejoignant l’autre, et inclina légèrement la tête de côté.



« Ah, mais au fait! Salut p'tit bout de femme, moi c'est Eliott. Et toi, dis-moi, c’est quoi ton p’tit nom ? »


Il lui tendit la main droite avec un grand sourire qui se voulait engageant, puis continua.



« Et pi. Qu’est-ce que tu fous ici, toute seule ? Le soleil va pas tarder à se coucher tu sais, tes parents vont s’inquiéter. »


Il désigna le soleil au loin qui, maintenant, frôlait presque la ligne d’horizon rougeoyante et un peu floue, tracée par les innombrables fleurs chauffés par une longue journée ensoleillée, qui s’étendaient à l’infinie devant eux.


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Skye Winsens
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Sam 30 Juin - 21:45

L'étrange spectacle qui l'avait amusée un petit instant finit par prendre fin sous ses yeux, et les rires qui l'accompagnaient s'estompèrent peu à peu. Mais le nouvel arrivant n'en arrêta pas là son jeu. Bombant le torse en s'esclaffant, il répondit avec fierté à ses quelques mots qui auraient pu en blesser d'autres.

« Encore heureux, mon n'veu ! Non mais, tu m'as pris pour qui, hein ? »
Le ton employé avait toujours un petit quelque chose d'amusant. Sans doute qu'associer le geste à la parole tout en gardant un air théâtral y était pour beaucoup. Mais ce fut néanmoins deux mots qui attirèrent l'attention de la petite. « Mon n'veu », qu'il avait dit. Et il ne faisait aucun doute que c'était d'elle qu'il parlait. Un petit surnom qui se voulait affectueux, mais dont elle ne comprenait pas l'origine. Penchant un tantinet la tête sur le côté, elle se questionna à ce propos. Pourquoi avait-il choisi de l'appeler ainsi ? Elle n'était pourtant pas un garçon. Et il n'en était pas plus son oncle...

Mais l'inconnu ne lui laissa pas vraiment le temps d'élucider ce mystère. Il se rapprocha d'elle rapidement avant de s'agenouiller à quelques centimètres de la place qu'elle occupait. Le tout en maintenant d'une main le chapeau couleur prune sur sa tête et en déposant le large bouquet à son côté pour libérer sa deuxième main. Cette soudaine proximité la surprit. Ce n'était pas déplaisant, au contraire. Mais ce qui avait entraîné cette approche intrigua Skye. Et sa curiosité la fit lever vers l'étranger un regard intrigué.

Son geste incomplet continua sa course sous les yeux observateurs de l'enfant. Une main s'avança diligemment vers sa tête avant de s'abattre maladroitement sur son épaisse chevelure. Le jeune homme entreprit alors de lui ébouriffer les cheveux. Affectueusement, mais sans vergogne. Par réflexe, la blondinette ferma les yeux et rentra la tête dans ses épaules. Comme un chat dont on caresserait la tête sans prévenir. Trahissant sa surprise face à une action inattendue. Mais elle ne protesta pas pour autant. Un tel mouvement lui rappelait ceux qu'avaient l'habitude de faire les gens qu'elle aimait et connaissait bien. Comme son grand-père ou Tsun-tsun, qu'elle considérait comme son frère. Ces attitudes, elle les trouvait agréables. Même lorsqu'elles provenaient d'une personne qu'elle venait tout juste de rencontrer. Parce qu'il était gentil avec elle. Et drôle, aussi.

Les mains fermées sur ses mollets croisés, elle s'appuyait sur ses jambes tout en conservant la tête baissée. Maintenant une immobilité sous la main du garçon, comme pour profiter au mieux de l'affection qu'il lui transmettait.

Puis, le contact prit fin, brisant le lien qui venait de se faire entre eux deux. Libérée de la main de son compagnon de jeu, Skye ouvrit légèrement un œil qu'elle dirigea aussitôt vers lui. Mais la nouvelle attitude et le regard affectueux qu'il adoptait lui indiquèrent qu'elle ne risquait plus rien. Même si ce n'était pas vraiment un risque à son goût. Alors elle se redressa complètement, reprenant toute son aisance, et entreprit de remettre ses cheveux en place. Faisant un tant soit peu le ménage après le passage du garçon. Parce que c'était une habitude et parce qu'il fallait bien.

Mais quelques mots bien choisis stoppèrent aussitôt son geste et attirèrent son attention.

« Ah, mais au fait ! Salut p'tit bout de femme, moi c'est Eliott. Et toi, dis-moi, c'est quoi ton p'tit nom ? »
Skye aimait bien ce ton familier qu'il employait avec elle. Cette façon de parler qui lui faisait croire qu'elle le connaissait depuis longtemps. Et dont le contenu signifiait tout le contraire. C'était un décalage qu'elle appréciait beaucoup et qui lui donnait envie de mieux connaître son interlocuteur. Alors, quand il lui tendit la main droite en l'accompagnant d'un large sourire, la petite lui répondit aussitôt. Elle glissa avec enthousiasme sa petite menotte dans la sienne pour échanger avec lui une poignée de main. Ce faisant, elle lui rendit son sourire et s'exclama :

« Moi, c'est Skye ! Skye Winsens ! »
Une présentation brève et enjouée. Mais suffisante. Et qui répondait parfaitement au dénommé Eliott. C'est alors que vint une nouvelle question.

« Et pi. Qu'est-ce que tu fous ici, toute seule ? Le soleil va pas tarder à se coucher, tu sais, tes parents vont s'inquiéter. »
Suivant le geste du garçon, l'enfant tourna son regard vers l'horizon. L'astre du jour allait bientôt disparaître derrière les milliers de fleurs d'équinoxe, assombrissant déjà le paysage qui s'étendait derrière la colline. Sous la lumière rasante, le champ n'était qu'un jeu d'ombres entre les pétales des fleurs, tantôt faisant ressortir leur couleur écarlate, tantôt les glissant dans les ténèbres en atténuant leur couleur.

Mais la Princesse des Ombres ne se laissa pas longtemps distraire par les détails irréels du paysage. L’Étranger venait de lui rappeler un détail auquel elle n'avait pas pensé. Un petit quelque chose de vraiment préoccupant. Qui pourrait s'avérer même dangereux pour son nouvel ami, si elle en croyait les dires des villageois.

Alors elle refit face au garçon, se voulant rassurante, et répondit sur le ton de l'évidence :

« Ah mais t'en fais pas, Grand-père a l'habitude que je rentre tard ! Je me promène souvent toute seule, même de nuit. Et puis, il sait que de toute façon, je ne risque rien. »
Puis un simple petit geste du menton en direction du bouquet et elle continua :

« Comme mon amie m'avait laissée toute seule, j'ai décidé de venir cueillir des fleurs ici. Heureusement d'ailleurs ! Sinon je ne t'aurais pas vu ! »
Un large sourire fendit son visage en pensant à leur rencontre. Skye était vraiment contente d'être venue ici et que son ombre l'ait abandonnée un court instant. Elle avait ainsi évité les missions qui auraient pu l'empêcher d'être là à cet instant précis. A moins bien sûr que ce ne soit ce que recherchaient les Ombres. Une rencontre avec ce nouveau venu. Car après tout, elles avaient l'air de tout savoir à l'avance, d'être capables de prévoir avec précision les moments où des Étrangers débarqueraient dans leur monde. Comme si elles-mêmes y étaient pour quelque chose. Même si cela, l'enfant savait que c'était faux.

Les Ombres. Minuit. Ces deux mots bien à l'esprit, la petite reprit un air sérieux. Le sourire qu'elle arborait s'effaça complètement, et une légère marque entre ses deux sourcils froncés souligna son inquiétude. Préférant mettre rapidement son ami au courant, tout en espérant ne pas lui faire peur avec ses mots, Skye lui avoua en parlant tout bas et se penchant vers lui.

« Par contre, c'est pour toi que ça sera peut-être dangereux, si tu restes ici trop longtemps après le coucher du soleil... »


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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Mer 4 Juil - 19:49

Même si le plus gros de la glace avait été rompu, leurs tentatives d’approche respectives l’un vis-à-vis de l’autre restaient hasardeuses. Aussi Eliott n’avait pas été étonné que son « ébouriffage de cheveux » ait pu paraître un peu inattendu.

Il l’avait bien vu. Elle n’avait trop su, au premier abord, comme réagir face à cette soudaine démonstration d’affection. Elle s’était recroquevillée sur elle-même, se faisant toute petite, et tâchant de rester le plus immobile possible. Attendant juste que ce soit fini. Réaction d’auto-défense bien compréhensible. Un vrai petit chaton. Mais Eliott avait, par ce geste, espérer pouvoir la rassurer et en quelque sorte les rapprocher. Peu sûr de lui et de l’effet que sa tentative avait pu avoir, il avait attendu avec une certaine appréhension que l’enfant relève la tête, maintenant docilement son sourire le plus attendrissant.

Pourtant la petite ne s’était pas enfuie. Elle était restée là, sans dire un mot. Dans une attitude presque indifférente. Eliott aurait pu s’en offusquer, mais n’en fit rien. Il ne se sentait, en effet, absolument pas d’humeur maussade ou revancharde – il avait même l’impression que rien ne pourrait entacher la sérénité dans laquelle il baignait. L’enfant entreprit ensuite de passer ses petits doigts au travers de sa fine chevelure, afin d’y remettre un peu d’ordre sans aucun doute. Elle se tenait à nouveau bien droite, les épaules reposées, et son visage laisser transparaître une légère moue de concentration.

Eliott ne put s’empêcher de pouffer.

Trop mignonne. Décidément, cette gamine le rendait gaga. Et cela à prendre dans les sens bénéfique et maléfique du terme – si on pouvait les appeler ainsi. Eliott n’aurait su dire vraiment pourquoi. Peut-être pour tous les traits de caractères qu’elle affichait depuis le début de leur rencontre. Peut-être pour le voile de mystère qui semblait, elle aussi, l’envelopper, lui apparaissant comme un début de réponse. Peu importait. Mais le fait était qu’en son étrange présence, il se trouvait comme rasséréné. Détendu jusqu’au bout de ses ongles. Vidé de toutes émotions négatives.

Mais le binoclard n’en resta pas là pour autant.

« Ah, mais au fait ! Salut p'tit bout de femme, moi c'est Eliott. Et toi, dis-moi, c'est quoi ton p'tit nom ? », s’était-il enquis, sa main droite tendue en avant.

Lorsque l’enfant blottit ses doigts minuscules au creux de sa paume, en lieu de poignée de main, le jeune homme sentit une vague de chaleur lui traverser le corps. Des rayons de lumière pure parcouraient ses veines, sa chair, ses os. Ô joie. Il se sentait léger comme une plume et n’essayait désormais plus de repousser le sourire béat qui étirait ses lèvres.

« Moi, c'est Skye ! Skye Winsens ! »

Sky*. Comme le ciel. Un nom qui lui allait à merveille. Petit angelot descendu des cieux immaculés sur la terre des mortels, avec ces yeux bleus aussi purs et clairs qu’un ciel d’été. C’était ça. C’était parfait.

Pour toute réponse, Eliott se contenta d’hocher la tête. Une fois. Gardant contact avec les yeux de la petite, ce faisant. Solennel, mais irradiant de bonheur. Son sourire idiot d’enfant heureux toujours plastronné sur le visage. Au fond, il ne pouvait s’empêcher de croire qu’il s’agissait là du début de quelque chose de spécial. D’une fabuleuse amitié. Non, il le savait.

« Et pi. Qu'est-ce que tu fous ici, toute seule ? Le soleil va pas tarder à se coucher, tu sais, tes parents vont s'inquiéter. »

Il avait dit cela un peu sans réfléchir, histoire de continuer la causette encore un peu. Non pas qu’il ne donnait aucun intérêt ou sens à ces propos –ou encore à la réponse qu’il attendait en retour–, mais c’était quelque chose qui lui était venu naturellement. En quelque sorte. On questionne bien les gens sur la pluie et le beau temps quand on taille une bavette avec de récentes connaissances, nan ? Quoi qu’il en soit, ce n’était que maintenant, une fois la phrase formulée et posée, qu’il s’apercevait de ce qu’elle, en conséquence, impliquait. Le retour à la réalité. La prise de conscience de l’endroit où il se trouvait. Et donc, la panique.

Mais, BON DIEU, où est-ce qu’il se trouvait donc ?!

Il n’eût malheureusement pas bien le temps de tergiverser comme il se devait là-dessus, puisque la réponse de la petite ne se fit pas longtemps attendre. Bien évidemment, perdu dans ses pérégrinations mentales, il n’avait absolument pas remarqué la fugace expression de contrariété qui avait un instant assombrit la bouille de la blonde lorsqu’elle avait fait face au soleil déclinant.

« Ah mais t'en fais pas, Grand-père a l'habitude que je rentre tard ! Je me promène souvent toute seule, même de nuit. Et puis, il sait que de toute façon, je ne risque rien. »

Le binoclard fut interpellé par ces paroles. Grand-père... Cela signifiait-il qu’elle n’avait plus de parents ? Son visage se renfrogna, noircit. Une orpheline. Quelle atrocité. Comment pouvait-on infliger ça à une si jeune et si douce enfant. Et elle en avait parlé d’un ton si naturel et désinvolte. Pauvre gosse.

Mais ce n’était pas tout. Comment cet espèce vieillard sénile –c’est tout du moins la représentation qu’un Eliott trop protecteur s’en faisait– pouvait-il se montrer assez irresponsable pour laisser une fillette aussi adorable et sans défense que Skye se trimbaler en pleine nuit dans un champ désert, éloigné de tout, qui plus est sans être accompagnée. Non mais il se foutait de la gueule du monde ou quoi !

Alors qu’il s’apprêtait à répliquer avec force de remontrances à l’égard du vieux, la fille continua sur sa lancée, désignant le bouquet reposant à ses côtés d’un léger mouvement du menton. Ce qui eût pour effet de réfréner momentanément les mauvais élans d’Eliott.

« Comme mon amie m'avait laissée toute seule, j'ai décidé de venir cueillir des fleurs ici. Heureusement d'ailleurs ! Sinon je ne t'aurais pas vu ! »

En attendant les dernières paroles, le jeune homme fut tout heureux. Et d’autant plus en admirant le magnifique sourire qu’elle lui dédia ensuite. Il fondait. Alors comme ça, elle était contente de l’avoir vu, de l’avoir rencontré. Si ça se trouvait, elle l’appréciait, même. Aux anges, Eliott passa l’éponge sur ce qu’il avait maugréé auparavant et s’exclama avec allégresse, le même sourire un peu stupide encré à ses lèvres.

« Eh ben, moi, je suis heureux que tu m’aies trouvé ! Et j’en remercierai même ton amie, même si c’était pas très sympa de te laisser toute seule comme ça. »

Bon. D’accord. Il n’avait pu s’empêcher de finir sa phrase de cette manière. Mais quand même… Ces gens semblaient un peu irresponsables en la laissant ainsi, seule, malgré son jeune âge. Et puis, Skye elle-même semblait s’attrister un peu de l’abandon de cette amie. Alors
pourquoi ne pas montrer un peu de compassion.

Soudain, le sourire de la blondinette s’effaça, laissant place à une expression de sérieux qui ne lui saillait guère. Dans ses yeux brillaient une lueur de détermination, de sagesse. On eût presque dit une adulte. Et elle savait quelque chose que lui ignorait. Quelque chose d’important. Peut-être même de grave. A la fois étonné et méfiant d’un tel retournement de comportement, Eliott se tut, les oreilles grandes ouvertes et la mine sombre. L’enfant se pencha en avant, de façon à ce que sa bouche soit à la hauteur de l’oreille du cactus, et lui chuchota tout bas, à la façon d’un secret :

« Par contre, c'est pour toi que ça sera peut-être dangereux, si tu restes ici trop longtemps après le coucher du soleil... »

Gné ?

Eliott se redressa brusquement, sur le qui-vive, et planta ses prunelles vertes écarquillées dans les mirettes de la fillette, cherchant à y sonder une quelconque trace de plaisanterie. Il n'en trouva aucune.

« Comment ça dangereux ? Qué qu’tu m’chantes, là. »

Un frisson parcourut le binoclard. Un danger en temps normal ne lui aurait pas fait vraiment peur, bien qu’il soit assez du genre lâche : il savait en général à quoi s’attendre et donc comment réagir, souvent grâce à son instinct. Mais là, c’était autre chose. Un danger dans ce monde à la limite du paranormal pouvait bien être tout et n’importe quoi à la fois. Et ça, Eliott en aurait presque eût peur. Mais les dires de la petite n’avait pour lui aucun sens et achevait de le faire pencher du côté de la curiosité d’ignare que de la crainte infondée.

« Pourquoi je serai en danger et pas toi ? »

Ses questions n’étaient en rien agressives, leur auteur plus perdu et hésitant qu’autre chose.
Eliott n’y comprenait, en effet, vraiment rien. Ce serait plutôt à elle de faire attention, non ? Une gamine toute frêle, ça craint beaucoup plus le danger qu’un jeune homme comme lui, même s’il était loin d’être très costaud. Il ne voyait pas en quoi il était le plus concerné des deux. Mais, au fond de lui, il savait qu’elle disait la vérité. A vrai dire – et il n’aurait su expliquer pourquoi –, il aurait cru tout ce qu’elle aurait pu dire en cet instant. Avec cet air si sérieux, si mature sur le visage. En cet instant, il lui offrait une confiance aveugle.


HRP:
 

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Skye Winsens
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MessageSujet: Re: Awakening Down the Rabbit Hole [PV Skye Winsens]   Mar 14 Aoû - 16:56

La poignée de main qu'ils avaient échangée au cours des présentations avait un petit quelque chose de symbolique. Skye ne pouvait s'empêcher de le penser. Elle ne suivait pas uniquement la norme donnée par la société qu'il avait quitté peu de temps auparavant. Celle qu'elle avait abandonnée il y avait bien longtemps de cela. Non, il y avait autre chose. Quelque chose de plus profond. Cet échange était le premier véritable contact qui s'était opéré entre eux deux. Le début d'un lien dont seul l'avenir en dévoilerait la nature. Mais d'un lien qui durerait longtemps. Elle en était persuadée. Maintenant qu'elle connaissait son nom, il n'était plus n'importe qui à ses yeux.

La main qui enserrait la sienne, toute petite, était douce et chaleureuse. L'enfant aurait voulu faire durer un peu plus longtemps la liaison qui s'était formée entre eux deux. Elle aurait voulu garder un peu de cette chaleur autour de ses doigts fins. Mais le lien finit par se rompre, comme d'un commun accord, et les deux bras s'abaissèrent d'un même mouvement. Seul le contact des yeux et l'échange de sourire demeura intact.

La conversation reprit son cours. Ils apprenaient à faire connaissance, abordant des sujets communs. Et la petite joua de l'honnêteté. Elle ne savait pas mentir, et n'avait surtout rien à cacher. Ou du moins, pas consciemment. Alors, elle lui répondit sans la moindre mesure, sans même se demander quel genre de réaction cela pourrait entraîner chez son interlocuteur. Tout ce qui importait, c'était de continuer la conversation. Et d'amener progressivement les choses importantes qu'il devait savoir avant les douze coups de minuit. C'était ce que son Grand-père aurait fait à sa place. C'était ce qu'il lui avait appris. Skye ne pouvait pas lâcher Eliott dans ce monde étrange sans un minimum de mises en garde.

Ce fut cette idée bien en tête que la blondinette termina ce qu'elle disait. Accompagnant les mots d'un large sourire dévoilant ses dents.

« Heureusement d'ailleurs ! Sinon, je ne t'aurais pas vu ! »
Ces quelques mots amplis d'enthousiasme et d'allégresse entraînèrent une réponse de la même nature chez l'adolescent. Malgré quelques minutes pendant lesquelles il s'était estompé, le sourire béat s'afficha à nouveau, peut-être même un peu plus grand encore. Et les syllabes l'accompagnèrent très vite :

« Eh ben, moi, je suis heureux que tu m'aies trouvé ! Et j'en remercierai même ton amie, même si c'était pas très sympa de te laisser toute seule comme ça. »
Savoir qu'il était tout aussi heureux qu'elle d'avoir fait cette rencontre rassura définitivement l'enfant. Elle qui avait craint au premier abord qu'il ne l'apprécie pas, avec la difficulté qu'elle avait eu à le faire sortir de sa carapace, elle avait désormais la preuve que c'était du passé. Maintenant, elle avait face à elle un garçon gentil et amusant. Et non pas cet individu renfrogné et perdu qui se trouvait au sommet de la colline avec elle peu de temps auparavant. Comme s'il s'agissait de deux êtres complètement différents.

Qu'il veuille remercier son amie de l'avoir laissée seule pour permettre cette rencontre était une deuxième chose qu'ils partageaient. Si son Ombre n'avait pas eu cette super idée, rien de tout ceci ne serait en train de se produire. Ils ne se seraient pas échangé cette poignée de main. Ils ne se seraient pas avoué être content d'échanger ces mots. Et elle n'aurait pas eu le grand spectacle d'Eliott dansant avec son chapeau, un bouquet de fleur dans les bras. A cette pensée, Skye ne put retenir un petit éclat de malice dans son regard.

Mais il y avait la fin de sa tirade légèrement critique sur l'attitude de son Ombre. Oh, la petite aurait tout à fait pu prendre sa défense. Répondre qu'Elle s'en était allée pour une mission des plus importantes, ou qu'Elle avait peut-être même tout manigancé. C'était ce qu'elle aurait fait en tant normal. Sans aucune retenue, elle serait montée sur ses grands chevaux pour montrer que la silhouette sombre n'était pas aussi méchante qu'elle ne le semblait. Mais au milieu de toutes les pensées qui traversaient son esprit, une seule guida ses mouvements.

Elle se pencha en avant, puis, sur le ton de la confidence, elle lui murmura à l'oreille, comme si le dire tout haut était accélérer le coucher du soleil.

« Par contre, c'est pour toi que ça sera peut-être dangereux, si tu restes ici trop longtemps après le coucher du soleil... »
Skye n'avait pas aimé dire ça. Parce qu'elle ne le pensait pas vraiment. C'était sans doute pour cela qu'elle avait ajouté le doute à ses propos. Peut-être. Oui, ce n'était pas vraiment certain. Qui pouvait lui garantir que les Ombres du village étaient un danger pour un autre qu'elle ? Qui avait déjà tenté l'expérience ? Personne à sa connaissance. Mais ils avaient tous transmis cette crainte des silhouettes fantomatiques aux Étrangers et ce, à travers toutes les générations que la blondinette avait connues. Sans aucune preuve. Car tout n'était bien là que rumeurs.

Mais sa mise en garde avait alerté son nouvel ami. Il s'était redressé, soudain sur ses gardes, et avait cherché son regard, comme s'il voulait voir si elle plaisantait. Sauf que Skye n'était pas du genre à faire une telle plaisanterie.

« Comment ça dangereux ? Qué qu'tu m'chantes, là. Pourquoi je serai en danger et pas toi ? »
Il n'y avait pas vraiment de panique dans son ton ou son regard. Plus de l'incompréhension, qui transparaissait essentiellement au travers du vocabulaire bien choisi qu'il employait. Mais sa question, la petite n'était pas vraiment capable d'y répondre. Elle-même n'en savait, pour ainsi dire, vraiment rien. Au plus loin qu'elle se souvenait, ça avait toujours été ainsi. Les Ombres n'étaient pas ses ennemis, bien au contraire. Et les habitants les évitaient comme la peste. Alors comment aurait-elle pu l'expliquer ?

« Ben pour être tout à fait honnête, j'en sais rien. »
L'enfant haussa les épaules et regarda ailleurs, semblant réfléchir un petit instant. C'était clair, si elle laissait les choses comme elles étaient, Eliott finirait par être encore plus paumé qu'à son arrivée. Il fallait qu'elle approfondisse, qu'elle dévoile tout son savoir, pour au moins apporter un début de réponse au cactus.

« En fait, la nuit, au village en bas de la colline... Elle effectua un signe de tête en sa direction tout en continuant, lentement, comme si elle mesurait ses paroles pour les rendre plus compréhensibles. Il y a les Ombres qui se mettent à parcourir les rues après les douze coups de minuit et jusqu'à l'aube. Les villageois disent qu'elles sont méchantes et qu'elles font du mal à ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur chemin. Et ils s'enferment tous à double tour pour être sûr de ne rien risquer... »
Puis, elle termina, pour justifier qu'elle-même, contrairement à lui, ne risquait rien.

« Mais moi, je ne crains rien, je les connais. Et elles m'aiment bien. Ce sont mes amies. Je crois. »
Voilà. Tout était dit désormais. Il ne manquait plus qu'une réaction de l'autre côté, peut-être même une nouvelle question pour réclamer de plus amples explications. Skye leva un regard vers lui, à la fois curieuse et appréhendant un changement trop radical dans son attitude. Mais il n'y avait plus rien à faire. Il n'y avait désormais plus qu'une seule chose de possible : l'attente.


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